Une relation avec toi ne s'officialise pas comme cela. Il faut y mettre les formes. Alors j'ai patienté pour en parler à ceux que je voulais mettre au courant. Tom n'est sûrement pas ton jumeau pour rien et tout ces gestes entre nous ne lui étaient pas passés inaperçus. D'ailleurs il ne pouvait s'empêcher de nous préciser que nous étions longs à la détente. Je lui riais au nez en affirmant que ça lui montait à la tête. Il fallait user de toutes ces petites ruses pour nous trouver des instants à nous. Ce n'était en aucun cas facile mais le jeu en valait la chandelle, rien que pour goûter à tes lèvres, m'enivrer de ton parfum, frissonner de tes doigts dans ma nuque, sentir ta peau sous mes lèvres.
Hambourg a beau être ma ville natale, une partie de mon coeur est à Berlin avec ma famille. Ce déménagement, je ne l'ai pas vécu. Je parcourais le monde en votre compagnie. Mon père avait achevé son travail avec vous. Il était ravi de ces quasi trois années à vos côtés mais il aimait trop le changement pour se cantonner à un seul travail. Et voilà qu'il s'occupe maintenant des groupes montants qui sillonnent la capitale. Il reprend un rythme plus calme qu'il n'en avait avec vous. Il s'était fatigué et aujourd'hui il profite de ces temps libres plus réguliers. Il prend du temps pour la famille, du temps pour lui. Il annonca son départ une semaine avant la fin de la tournée alors que nous dinions tranquillement tous au restaurant. Et mon premier réflexe ne fut pas d'écouter la suite de son discours mais de te regarder intensément comme pour deviner la suite sur ton visage. Je n'ai rien décelé, aucune expression, aucune larme, aucun sourire rassurant. Tu jouais à merveille ton rôle Bill. A fleur de peau, je tordais chacun de mes doigts, mes lèvres tremblaient quelque peu de te quitter après ces semaines à tes côtés. Je m'en voulais à cet instant de ne pas être encore majeure et d'avoir aussi peur. Oui, peur de finalement n'être que de passage, peur de n'avoir plus aucune raison de te voir, peur de perdre ses occasions de rester avec vous, peur de finalement ne pas représenter grand chose dans ta vie et celles des autres. Je passais la porte, sans un bruit, sans un mot, ni même un regard. Je ne sais même pas si on remarqua ma soudaine absence. Je sortis du restaurant sous une pluie battante, traversant la route pour m'abriter sous un arrêt de bus. Je me posais sur le banc au côté d'une vieille dame qui me regardait avec dédain porter une cigarette à mes lèvres. Je fermais les yeux, appuyant ma tête contre l'abri et lorsque je mes réouvris, elle avait disparue et tu avais pris sa place. Tu ne disais rien. Tu pris ma cigarette entre tes doigts et passas l'un de tes bras autour de mes épaules. Je laissais ma tête tomber dans ton cou en regardant la pluie tomber. Je redoutais le genre de paroles que tu allais pouvoir prononcer et à cet instant je n'avais en tête que de savoir si elles seraient bonnes ou mauvaises. Et avant que je ne continue mes suppositions tu brisais le silence de notre étreinte.
« Et si tu restais avec moi Zoïa. »
*
« - Tu vas me faire une scène devant tout le monde là ?
- Je rentre chez moi.
- Chez toi c'est là où je suis non ?
- Plus maintenant.
- Tu penses aux conséquences que ça aura ? »
- Je rentre chez moi.
- Chez toi c'est là où je suis non ?
- Plus maintenant.
- Tu penses aux conséquences que ça aura ? »
Et je reste muette de tes derniers mots. Je n'ai aucun doute sur le genre de conséquences qui te traversent l'esprit. Tu penses à ce qu'on se dira lorsque tu descendras seul de l'avion. Les photographes s'attendront à nous voir passer les portes main dans la main. Cette fois, ils tiendront le scoop du bout des doigts. Un cliché de Bill Kaulitz qui lancera la polémique. Ils se poseront la question de savoir qui a quitté l'autre, si nous ne sommes vraiment plus ensemble, de connaître les véritables raisons de cette séparation. Je pourrais attendre, y aller en douceur mais l'envie de m'éloigner est bien trop forte et rien ne me parait plus important que ça. Après tout, pour chaque pas en arrière entre nous, tu n'y réfléchissais pas à ces conséquences. Et je te connais tellement bien que je ne doute pas que tu trouveras une solution. Tu mentiras comme tu sais si bien le faire pour nous. Et ils te croiront comme ils ont toujours cru en ce Bill Kaulitz factice. Tu me regardes comme si j'étais l'égoïste dans l'histoire, la briseuse de coeur. Tu attends que je renonce à partir, que je te suive docilement, que j'embarque à tes côtés sans broncher.
« - J'aurais voulu faire autrement Bill.
- Fais-le.
- Je ne te supporte plus.
- Alors vas-t-en.
(...)
- Gustav : Bill on va le loup...pourquoi elle chiale elle ?
- Fermes la toi. »
- Fais-le.
- Je ne te supporte plus.
- Alors vas-t-en.
(...)
- Gustav : Bill on va le loup...pourquoi elle chiale elle ?
- Fermes la toi. »
J'ai cette impression de déjà vu. Une impression de revenir plusieurs mois en arrière sous cette même pluie glaciale. Je marche sans regarder devant moi, juste en fixant les mouvements de mes pieds l'un devant l'autre. Cette fois ci je ne m'attend pas à te voir me rejoindre. Ces phrases aussi je ne les supportent plus, celles que tu prononces dès l'instant où j'effleure ton égo et celles que Gustav m'adresse parfois. J'accélère le pas puis rebrousse chemin, bien trop frigorifiée pour aller plus loin. Je percute quelqu'un, et m'excuse avant de me rendre compte qu'il ne s'agit que de toi. Tu m'emprisonnes dans tes bras malgré ma résistance. Un geste spontané ? Chacune de tes caresses est plus tendre que la précédente. Tu te recules, pose tes mains sur mes joues rosies, effleures mon inférieure de ton pouce et y dépose un chaste baiser, puis un second, scellant nos lèvres de plus en plus fort.
« Merde. Je ne veux pas partir sans toi.
Je sais qu'il le faut mais je ne veux pas. »
Je sais qu'il le faut mais je ne veux pas. »
