La jalousie est un vilain défaut. Chez toi je la voyais pourtant comme une qualité. Tu commencas rapidement à la montrer. Et j'aimais ça je crois au début. J'aimais ce regard lors des sorties de scènes où je prenais ton frère dans mes bras avant toi, des discussions animées que je pouvais avoir avec de jeunes membres de l'équipe, de rencontres faites au détour d'une soirée bondée, des moments que je prenais pour moi sans toi et sans te préciser où j'étais et avec qui. Et je riais gentiment de ces preuves d'amour sous ton nez avant de t'embrasser tendrement et de te murmurer des je t'aime qui te faisaient fondre. Et la situation de mon côté se valait largement, me découvrant des envies de meurtres pour chaque fille amenée à te rejoindre sur la scène, pour ces hystériques qui te hurlaient des je t'aime Bill dès que tu pointais le bout de ton nez aux séances de dédicaces. Finalement c'était peut être pour te ménager que j'aimais te le dire à voix basse. Un sourire se dessinait sur mes lèvres à la seule pensée que j'étais la seule à qui tu répondais. Tu ne les aimais pas comme tu m'aimais moi : elles jamais, toi toujours Zoïa. Toujours ? Un mot que tu ne dis plus depuis un moment. D'ailleurs tu ne m'adresses plus de je t'aime. Et soudain ces mots refont surface dans ta bouche. Tu me l'adresses égoïstement, ne pensant qu'à ta propre situation. Mais ta soudaine douceur, cette voix que je ne te connaissais pas ont finalement eu raison de moi. Je doute. Mes sentiments bien que changeants sont toujours présents et je ne t'ai rien répondu avant de sombrer dans le sommeil, ton bras me serrant toujours contre toi.
Au matin, je retrouve ta place vide et mon corps en étoile par dessus les draps. J'émerge difficilement de ce sommeil écourté par le bruit d'une télévision qu'on aurait oubliée d'éteindre. Je traverse la chambre sur la pointe des pieds en constatant qu'il n'y a aucun signe de toi. Je m'effondre sur un fauteuil et mes yeux se ferment doucement. Tu me sors de mes rêveries en pénétrant bruyamment dans la suite. Je devine sans mal que tu t'es levé tôt au vue de tes cheveux soigneusement dressés sur ta tête. Je t'ai toujours fait comprendre que je détestais cette coiffure. Peu importe. Tu disparais derrière la porte de la salle de bain. Je te suis, t'observant silencieusement ranger tes produits de beauté. Je songe à toutes ces matinées, tout ces débuts de soirée à se préparer à l'unisson. C'est quelque chose qui me manquera sans doute. Tu ne dis toujours pas un mot jusqu'à la disparition du dernier de tes produits.
Au matin, je retrouve ta place vide et mon corps en étoile par dessus les draps. J'émerge difficilement de ce sommeil écourté par le bruit d'une télévision qu'on aurait oubliée d'éteindre. Je traverse la chambre sur la pointe des pieds en constatant qu'il n'y a aucun signe de toi. Je m'effondre sur un fauteuil et mes yeux se ferment doucement. Tu me sors de mes rêveries en pénétrant bruyamment dans la suite. Je devine sans mal que tu t'es levé tôt au vue de tes cheveux soigneusement dressés sur ta tête. Je t'ai toujours fait comprendre que je détestais cette coiffure. Peu importe. Tu disparais derrière la porte de la salle de bain. Je te suis, t'observant silencieusement ranger tes produits de beauté. Je songe à toutes ces matinées, tout ces débuts de soirée à se préparer à l'unisson. C'est quelque chose qui me manquera sans doute. Tu ne dis toujours pas un mot jusqu'à la disparition du dernier de tes produits.
- Tu as fait tes valises ?
- Bill on devrait peut être discuter avant.
- Non. On aura le temps plus tard.
Justement non.
- Bill on devrait peut être discuter avant.
- Non. On aura le temps plus tard.
Justement non.
*
La main de Georg sert la mienne durant le trajet. Il est le seul à savoir ce qui passera. Le seul à savoir comme tu t'en voudras de m'avoir ignorée quelques minutes plus tôt. Le seul à savoir comme tu regretteras de n'avoir pas pris le temps de m'écouter au lieu de finir tes valises. Je commence à détester cette habitude de ne plus dire un mot à l'instant où le van démarre. Tom est assis derrière moi et de temps à autre il s'amuse à passer une main dans mes cheveux. Gustav bouquine sereinement à ses côtés. Et je me retrouve coincée entre l'imposante carrure de mon bassiste favori et la tienne qui est loin de l'être. Tu ne manques pas de m'adresser des regards, surtout depuis que sa main a rejoint la mienne. Je t'ignore royalement depuis que nous avons franchis la porte de la suite. Une fois de plus tu n'as pris le temps d'écouter que ta propre personne. Les valises bouclées, nous avons quittés la chambre sans une parole l'un pour l'autre, toi te dirigeant vers l'ascenseur et moi frappant à la porte de Georg. Georg est comme la poupée fétiche à laquelle on tient lorsqu'on est petit. On peut lui dire tout ce qui se passe par la tête, elle restera une tombe. Il garde tout ce que je peux lui confier, le sourire en plus. Je dirais que ton frère ,lui laisse échapper des choses sans le vouloir. Georg sourit, m'embrasse le front et me laisse entrer. Georg n'est cependant pas quelqu'un d'ordonné. J'assiste à quelque chose dont je me passerais bien. Trois valises ouvertes sont posées au sol. L'une est vide et les deux autres débordent de vêtements roulés en boule. Tu sais à quel point j'aime l'ordre et voir ceci me donne une furieuse envie de tout vider sur le sol et de ranger à sa place. Je m'abstiens tandis que Georg continue à les remplir à sa manière. Je souris de la façon qu'il a d'enrouler chaque t-shirt sur lui même et me mord la lèvre pour m'éviter de lui en faire la réflexion. Je me pose délicatement sur son lit et le regarde, désespérée.
- Tout va bien ?
(...)
- Je vais prendre mes distances avec Bill.
Ne me regarde pas comme ça.
- J'ai échangé mon billet pour Hambourg. Je vais rentrer chez mes parents à Berlin.
(...)
- Oh. Donc tu prendras tes distances avec nous aussi ?
- Sans le vouloir. Ne lui dis rien. C'est à moi de le faire dès qu'il m'écoutera.
(...)
- Plus rien ne va entre nous.
Parle. Dis quelque chose.
- Si ça te fait du bien Zoïa. Mais m'oublies pas hein ?
- Idiot.
(...)
- Je vais prendre mes distances avec Bill.
Ne me regarde pas comme ça.
- J'ai échangé mon billet pour Hambourg. Je vais rentrer chez mes parents à Berlin.
(...)
- Oh. Donc tu prendras tes distances avec nous aussi ?
- Sans le vouloir. Ne lui dis rien. C'est à moi de le faire dès qu'il m'écoutera.
(...)
- Plus rien ne va entre nous.
Parle. Dis quelque chose.
- Si ça te fait du bien Zoïa. Mais m'oublies pas hein ?
- Idiot.
*
La radio passe un air de Hendrix * et Georg, en rythme, tapote des doigts sur ma jambe. Et tu as beau te racler la gorge pour me faire comprendre que ça t'énerves, je ne m'en soucie pas. Tu oublies que même si tu m'aimes plus que je ne le crois - comme tu me l'as si bien dit - je ne t'appartiens pas. Je ne rêve que de m'éloigner de toi à cet instant et le chauffeur exauce ma prière en s'arrêtant devant l'aéroport. Nous avons fait vite et votre vol - enfin le notre comme tu le crois en ce moment - ne décolle que dans une heure. Quant au mien, il est prévu d'ici environ trois heures. On vous conduit dans une salle pour patienter et éviter d'être harcelés par quelques fans présentes et naturellement je vous suis. C'est une salle froide, austère, sans décoration. Je m'assois au côtés de Georg qui joue du coude. Il me le plante dans les côtes pour me faire comprendre qu'il est temps que je te parle. Je lui murmure que je n'y arrive pas, pas encore avant de rejoindre ton frère à l'autre bout de la salle. Tom gratte encore sur sa guitare sèche, signe qu'il s'ennuie un peu. Il lâche sa guitare en me voyant et m'ouvre ses bras. Je me pose sur ses genoux et lui me sers aussi fort qu'il peut. Bizarrement, j'ai moins de mal à lui parler de mon départ pour Berlin. Il ne le prend ni bien ni mal. Il se contente d'embrasser ma joue pour me faire signe qu'il comprend mon choix. Je ne vois pas l'interêt d'en parler à Gustav. Il sera plus heureux que jamais dès qu'il apprendra que je ne partagerais plus votre vie pour une durée indéterminée. Finalement le temps passe vite dans les bras de ton frère et l'heure de partir est déjà arrivée. Georg insiste du regard, et Tom l'accompagne. Ils sortent les premiers, suivis de Gustav et de toi. Je traîne des pieds derrière le groupe puis m'arrête en plein milieu. Comme je l'espérais et comme à ton habitude, tu te retournes pour vérifier ma présence. Tu me trouves immobile, la tête baissée, regardant le bout de mes pieds et cherchant les mots adéquats. Tu t'approches de moi, essuie une des larmes qui coulent le long de ma joue et dégages quelques cheveux de mon visage.
- Pourquoi tu pleures ?
- Je... je ne prendrais pas cette avion Bill.
- Je... je ne prendrais pas cette avion Bill.
